La protection des minorités sexuelles et des minorités de genre au XXIème siècle : entre violence, tolérance et acceptation

Colloque organisé dans le cadre de la « Quinzaine des fiertés » par Le Girofard, centre LGBTI+ de Bordeaux.
contact : lucien.carrier outlook.com

Ce séminaire veut s’interroger sur la portée et la pertinence de la protection contemporaine dont jouissent les minorités sexuelles et les minorités de genre.
Aussi transformatif que fut le XXème siècle quant à la condition des minorités sexuelles et des minorités de genre, beaucoup restait encore à faire en Occident à l’aube du nouveau millénaire. La dépénalisation progressive de l’homosexualité en Europe de l’Ouest s’est accompagnée de sa lente dépsychiatrisation, l’orientation sexuelle passant ainsi du crime à la maladie, puis de la maladie à la vie privée. Aux demandes exprimées par certains groupes d’une simple indifférence, caractérisée par la liberté d’être et d’agir sans risquer la répression, se sont substituées des revendications en termes d’égalité. La reconnaissance des minorités sexuelles et de genre en tant que groupe(s) se devait de passer par une reconnaissance juridique et sociale de l’identité, et des identités, de ses membres. En cela, c’est bien la reconnaissance de la différence en tant que différence qui a été au cœur des revendications récentes des deux dernières décennies. Celle-ci s’est en même temps manifestée comme partie d’un processus intégratif par laquelle une différence autrefois source d’exclusion n’est plus un fondement excluant en soi. Des lois ont été votées, et des décisions prises, pour lever les obstacles normatifs à l’intégration des minorités sexuelles et de genre.
Le dernier symbole en date, et peut-être le plus éloquent, reste l’ouverture aux couples de même sexe du mariage et de l’adoption. Pour autant, cette égalité formelle apparaît elle même comme profondément insuffisante, dans la mesure où les minorités sexuelles et de genre sont des victimes disproportionnées d’autres formes d’exclusions que celles organisées par la loi et qui s’aggravent lorsque ces personnes se retrouvent à l’intersection d’autres formes de domination sociale, telles que la classe, la race, ou le genre assigné à la naissance, par exemple. C’est ainsi qu’au delà de la reconnaissance de la différence, il y a un système en France censé protéger cette même différence, mais ne le fait pas nécessairement de manière égale ou adéquate.
Alors que la seconde décennie du siècle nouveau touche presque à sa fin, il est tentant pour beaucoup—surtout celles et ceux qui bénéficient de certains privilèges—de considérer que, puisque la situation globale des minorités, sexuelles ou de genre, s’est, de toute évidence, considérablement améliorée, l’acceptation a remplacé la violence d’antan. L’intuition nous dicte effectivement que ces deux termes se doivent d’être mutuellement exclusifs. Et pourtant, une conclusion si hâtive serait une grave erreur. En premier lieu car d’après la plupart des associations LGBTI+ (lesbiennes, gays, bi, trans et intersexes) de terrain, on constate depuis de nombreuses années une recrudescence importante des actes de violence. Après une série d’agressions à Paris en novembre, trois jeunes hommes ont été passés à tabac, à Bordeaux, en Février 2019, simplement du fait de leur orientation sexuelle présumée. De nombreuses personnes trans témoignent d’agressions verbales et trop souvent physiques à leur encontre, à tel point que toutes ont à un moment ou un autre été victimes d’une violence gratuite. En second lieu car l’exclusion ne se présente pas comme un phénomène monolithique, constant ou régulier. Au sein de la famille LGBTI+, certains groupes subissent encore un rejet protéiforme affectant démesurément leur qualité de vie. En particulier, les minorités de genre sont souvent exclues du grand récit intégratif classiquement donné, ce dernier étant façonné dans une large mesure par et pour les homosexuels. Oubli volontaire, ou préjugé communautaire, les problématiques que rencontrent ces personnes sont ignorées, ou diminuées, au point que toute parole leur semble être déniée. La violence n’est pas le monopole de forces extérieures contre lesquelles les minorités sexuelles et les minorités de genre devraient lutter, car elle émane également de ces mêmes groupes. On assiste effectivement à une reproduction des schémas d’exclusion des plus classiques : misogynie, sexisme, racisme et xénophobie.
Entre violence, tolérance et acceptation, il est parfois difficile de faire sens de la protection dont jouissent les minorités sexuelles et les minorités de genre contemporaines, dans la mesure où des données apparemment contradictoires coexistent étonnamment. Trop souvent ce débat est réduit à un phénomène d’actualité, à une émotion légitime, certes nécessaire, mais au souffle court, car intrinsèquement passagère. Afin d’aider les victimes, et de protéger les victimes potentielles, il s’agit de comprendre et d’expliquer les causes et les conséquences de l’exclusion des minorités sexuelles et des minorités de genre.
S’il est évidemment trop ambitieux d’imaginer résoudre par la parole ces problèmes de fond, en théorie et en pratique, c’est bien par un dialogue constant que des pistes d’avenir peuvent être dessinées, et par là influencer tant les décideurs que les simples citoyens.

Allocutions d’ouverture :
Président·e du Girofard, association LGBTI+ de Bordeaux

Conférence :
« Protéger la différence : la liberté dans l’égalité ? »
Présidence :
Marie-Claire Ponthoreau, Professeur de droit public à l’Université de Bordeaux

Intervenants :
Eric Macé, Professeur de sociologie à l’Université de Bordeaux
Hélène Cesbron, Docteur en médecine gynécologique
Marion Paoletti, Maîtresse de conférences en sciences politiques à l’Université de Bordeaux
Eric Heinze, Professor of Law and Humanities à Queen Mary, University of London

Débats et échanges avec la salle
Table ronde
« Quelle protection pour les LGBTI+ du XXIe siècle ? »
Présidence :
Aude Rouyère, Professeur de droit public à l’Université de Bordeaux
Participants :
Daniel Borrillo, Maître de conférences en droit privé à l’Université Paris X-Nanterre
Antonin le Mée, Président de la Fédération des Associations & Centres LGBT de France
Marc d’Elbée, Research Fellow à la London School of Hygiene and Tropical Medicine
Marik Fetouh, Adjoint au maire de Bordeaux chargé de l’égalité, la citoyenneté et la lutte contre les discriminations
Arnaud Alessandrin, Docteur en sociologie

Débats et échanges avec la salle
Propos conclusifs :
Jeanne Swidzinski, Présidente de Trans 3.0

Documents joints

LA PROTECTION DES MINORITES SEXUELLES ET DES (...)
LA PROTECTION DES MINORITES SEXUELLES ET DES (...)

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CONCOURS VEDEL 2018

Cinq étudiants appartenant aux masters II droit public fondamental et contentieux publics ont participé au concours, dont Pierre Barillé, Alix Monnot, Clémence Serret, Stéphane Bervas et Mimose Gravier.
Ils ont été encouragés et soutenus par Florian Savonitto, maître de conférences en droit, rattaché au CERCCLE (Centre d’Études et de Recherches Comparatives sur les Constitutions).
L’objectif de cet exercice est donc de proposer à des étudiants aux compétences complémentaires de travailler de manière collective sur un cas pratique. Cette année celui-ci portait sur une disposition de la loi du 30 octobre 2017, relative au renforcement de la sécurité intérieure et de la lutte contre le terrorisme.

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Seront ATER pour l’année 2021/2022  :

  • Pierre Barillé, El Maamoun Fikri, Kassandra Goni, Hector Gonzalez,